Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

réflexions sur la surdité

Publicité

Faudrait-il interdire la Langue des Signes pour le bien des enfants implantés ?

Réfléchissons un peu… avant d’obliger tous les enfants à écrire avec les pieds !

 

Ce n’est pas d’hier que le monde de la rééducation des sourds soutient que la pratique de la Langue des Signes serait néfaste pour les enfants implantés au niveau cochléaire.

 

Certains, sous des allures scientifiques, publient des travaux qui tendent à montrer que la réorganisation des aires corticales chez l’enfant sourd implanté, qui bénéficierait conjointement de Langue des Signes (voir même d’autres supports visuels), serait de nature à compromettre les capacités qu’on pourrait dire « purement auditives » de ces enfants. Et de tirer argument de cela, pour prétendre qu’il serait préférable de poursuivre dans la voie du bannissement de la langue des signes. Ces études se veulent une caution pour les défenseurs d’un oralisme pur, non pollué de signes. Enfin, la science nous montrerait que le salut des sourds ne pourrait venir que d’un oralisme intransigeant.

De plus, comme cela s'est passé tout récemment, certains exploitent les conclusions d'études réalisées chez des adultes sourds implantés, pour extrapoler leurs conclusions aux enfants. Bien évidemment, la situation des adultes sourds implantés (devenus sourds), n'a rien à voir avec celle des enfants. Ces adultes, devenus brusquement sourds, sont évidemment prêts à tous les entraînements, rééducations etc. qui leur permettront de retrouver au plus vite l'audition qui leur manque. On est là dans la rééducation d'une fonction perdue, ce qui n'a évidemment rien à voir avec un enfant né sourd, chez qui le problème principal est celui de l'acquisition d'une langue.

 

Raisonnement emprunt d’a priori

 

D’un point de vue méthodologique, ces démonstrations aux allures scientifiques sont faussées dès le départ, en raison de l’a priori de leurs auteurs, qui voudrait que les sourds ne pourraient avoir de développement en dehors du sonore.

 

Il est évidemment logique que les capacités auditives d’un enfant (avec implant), qui est privé de communication visuelle, soient supérieures aux capacités auditives d’un autre enfant qui aurait un implant + du visuel. C’est tellement évident qu’on se demande comment on peut passer son temps à étudier cela ?

 

La distorsion du raisonnement apparaît mieux avec la métaphore suivante :

 

Une étude scientifique bien menée, montrerait à coup sûr, qu’un enfant auquel on interdirait de marcher sur les pieds, marcherait mieux sur les mains, qu’un enfant auquel on aurait laissé les deux possibilités, et qui logiquement, choisirait de marcher sur les pieds en copiant les autres.

 

Si on part du principe, qu’il n’y a pas de salut pour les enfants sourds en dehors du sonore (marcher sur les mains), il est logique de leur interdire la pratique du gestuel (marcher sur les pieds), puisque les enfants qu’on empêcherait de marcher sur les pieds, marcheraient objectivement mieux sur les mains, que ceux qu’on n'aurait pas obligé à agir de la sorte.

 

Si l’objectif poursuivi est que les enfants marchent bien sur les mains (développent des capacités auditives), effectivement, il faut leur interdire de marcher sur les pieds (pratiquer la Langue des Signes) !

 

C’est tout le problème de ces études, dont les promoteurs n’imaginent pas qu’on puisse devenir humain en dehors du sonore. Et encore moins qu’on puisse le devenir mieux en développant des modalités bilingues de communication. Les professionnels du monde de la rééducation voient les sourds jusqu’à l’adolescence, rarement au-delà. (Cela changera peut-être avec les implants qui nécessiteront un suivi médical à vie, ce qui ne va d’ailleurs pas sans poser question. Jusqu’à présent, les sourds adultes ne consultaient plus les cabinets d’ORL, leur sortie d’adolescence et leur sevrage du suivi ORL est raconté par bon nombre, comme une vraie libération. Ceux qui les suivent n’auront plus cette chance, ce qu’on dit rarement). Le monde de la rééducation n’imagine pas qu’au final, le degré d’autonomie des sourds atteint à l’âge adulte, tel que nous le constatons au quotidien dans notre travail, est inversement proportionnel à leur degré de maîtrise de la Langue des Signes.

 

Marcher sur les mains

 

Pourquoi la proportion de sourds capables de faire des études supérieures est-elle à ce point plus élevée dans les pays nordiques (qui respectent la Langue des Signes), en comparaison à ce qu’elle est dans la veille Europe ? Certes, il est possible que les sourds y vocalisent moins bien (ou aient des capacités auditives moindres, ce qui n’est pas clairement démontré), mais ce qui est démontré, c’est qu’ils ont des capacité cognitives supérieures aux sourds des pays où la Langue des Signes est bannie ou non valorisée ! Simplement, on les a laissé marcher sur les pieds… ce qui est nettement plus efficace pour avancer… Le problème, c’est que les a priori du monde de la rééducation sont tels, qu’il est considéré qu’on ne peut avancer qu’en marchant sur les mains.

 

Lorsque j’étais à l’école primaire, j’avais dans ma classe un compagnon atteint de phocomélie (il n’avait pas de bras), qui écrivait avec ses pieds, sur un bureau adapté. Et bien, il avait une écriture minuscule, mais plus lisible que la plupart des autres élèves. Est-ce pour cela qu’il aurait fallu obliger tous les enfants de la classe à écrire avec les pieds ? Et pourtant, si on avait évalué les choses selon le même protocole que celui utilisé pour ces travaux soi-disant scientifiques sur les capacités auditives avec implant… on aurait dû en conclure qu’il fallait obliger tous les enfants à écrire avec les pieds !

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article