Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

réflexions sur la surdité

Publicité

Intermédiateur en langue des signe, un nouveau métier ? (5ème partie)

Pour faciliter sa lecture, ce travail est publié en plusieurs articles, en voici le plan

 

(A) Le contexte français ; (B) Définition de l’intermédiation ; (C) Culture sourde ; (D) L’intermédiation, un nouveau métier ?

 (E) Fonctions assurées par l’Intermédiateur : (E.1) Interprète-relais ;

(E.2) Educateur en santé ; (E.3) Educateur thérapeutique, informateur ;

(E.4) Expert linguistique, « orthosigniste » ;

(E.5) Assistant de consultation ; (E.6) Formateur ; (E.7) Animateur ; (E.8) Accueillant, accompagnant ; (E.9) Etc.

(F.) Conclusions

 

 

E.5. Assistant de consultation

 

L’intermédiateur intervient en binôme avec un  professionnel qui connaît la langue des signes.

 

Dans un certain nombre de situations, lorsqu’un professionnel de santé qui connaît la langue des signes, reçoit un patient sourd, il fait appel à un intermédiateur pour l’accompagner en consultation. La situation la plus simple à conceptualiser est celle du professionnel qui n’arrive pas à comprendre ou à faire passer un message à son patient. En raison des particularités liées à ces spécialités, c’est surtout le versant « compréhension » du discours du patient qui est utilisé en soins de santé mentale. Alors qu’en soins de santé somatique, il s’agira aussi du versant « explication ou information » à faire passer. Le binôme se constituant ici, directement entre le professionnel de santé qui signe et l’intermédiateur. Ce type de dispositif est utilisé régulièrement par divers professionnels (psychologues, psychiatres, médecins etc.).

 

Ce travail de l’intermédiateur sourd, en binôme avec le professionnel de santé[1] nécessite un temps de briefing/débriefing portant notamment sur les interrogations en rapport avec la langue (particularités linguistiques, néologisme) ou le cadrage des rôles de chacun. Le dialogue est constant au sein du binôme, il précède et suit la consultation. L’insertion d’intermédiateurs travaillant dans des équipes hospitalières a radicalement modifié la qualité du travail des uns et des autres. Des ajustements sont nécessaires en permanence et façonnent progressivement un cadre de travail apaisé.

 

Le rôle de vis-à-vis

 

Nous voudrions présenter ici, une autre fonction rarement évoquée, qui s’est également révélée très utile. Il s’agit de patients sourds « oralisés », qui, lorsqu’ils sont en présence d’un interlocuteur entendant (même lorsque celui-ci connaît la langue des signes), n’arrivent pas à s’adresser à lui en langue des signes et forcent leur expression orale (en la ponctuant parfois de signes), mais dont le discours reste globalement inintelligible ou très peu compréhensible. Ils ont été tellement conditionnés à s’adresser oralement à un entendant, qu’ils présentent un blocage pour pratiquer la langue des signes lorsqu’ils en ont un face à eux. L’idée de faire appel à un intermédiateur dans ces situations s’est imposée, à l’équipe, après avoir constaté que certains sourds reçus en couples, pratiquaient une langue des signes tout à fait claire entre eux. En revanche, dès que l’un d’eux s’adressait au médecin, dans un mélange d’oral et de signes, il devenait tout à fait incompréhensible. Et cela même, alors que ce médecin avait parfaitement compris l’échange signé entre eux. Bien qu’il leur soit demandé de s’exprimer en langue des signes, puisque leur oralisation est peu compréhensible, ils n’y arrivent pas.

 

Le rôle de l’intermédiateur dans cette situation est simplement d’être le vis-à-vis du patient sourd, l’interlocuteur restant le médecin, ce qui « débloque » le patient sur un plan linguistique. S’adressant directement au sourd qui est assis à côté du médecin, ils arrivent à s’exprimer en langue des signes, et peuvent être parfaitement compris par le professionnel entendant. Celui-ci pose ses questions directement en langue des signes au patient, qui les comprend et leur demande de répondre au collègue sourd assis à côté de lui. C’est un fonctionnement assez étonnant qui s’est imposé peu à peu et auquel nous devons recourir deux ou trois fois par mois. Nous n’avons pas assez de recul avec ce type de dispositif, pour savoir si avec le temps, il sera possible que l’intermédiateur s’efface pour laisser le médecin seul en communication directe avec le patient, ce qui serait évidemment préférable.

 

E.6. Formateur

 

L’intermédiateur intervient seul en direct, éventuellement parfois avec un interprète.

 

Toute une série d’actions de formations sont confiées aux intermédiateurs. Ils interviennent dans la formation initiale de professionnels de santé para-médicaux (Instituts de Formation en Soins Infirmiers, Instituts de Formation des Aides-soignants etc.) ou des médecins (Facultés de Médecine) pour sensibiliser ces futurs professionnels, aux spécificités du travail avec les sourds. Ils interviennent aussi dans la formation permanente de ces mêmes professionnels (organismes de formation continue). La formation proposée par l’Université Paris 8[2] ne prépare pas à ce type particulier de sensibilisation.

 

E.7. Animateur

 

L’intermédiateur intervient seul en direct ou en binôme avec un professionnel qui connaît la langue des signes.

 

Pour différents thèmes, le travail avec un groupe de sourds s’avère particulièrement pertinent. Le principe général est celui-ci. Ces groupes sont toujours animés par un intermédiateur (parfois deux), qui intervien(nen)t seul(s) (après préparation éventuelle avec un professionnel de santé du domaine concerné), ou qui intervien(nen)t en binôme avec un professionnel de santé qui pratique la langue des signes. Une dimension d’éducation par les pairs (voir plus haut) est inhérente à ce mode de fonctionnement.

 

Certains groupes ont pour vocation première, à mettre leurs participants en situation d’immersion linguistique. Ils concernent des sourds dont le niveau de langue des signes gagne à être amélioré (voir plus haut). Ces groupes peuvent avoir une vocation récréative, culturelle ou traiter de sujets plus pratiques (cours de cuisine).

 

Pour d’autres groupes, il s’agit de ce qu’on pourrait appeler des groupes de parole. Ils permettent à des sourds de s’exprimer librement en groupe, pour partager une problématique commune. C’est le cas d’un groupe appelé « souffrance au travail » qui permet aux sourds isolés en milieu professionnel entendant, d’y partager leur souffrance, ceci en parallèle à un soutien psychologique individuel, et à une intervention sur le terrain, visant à sensibiliser leurs collègues entendants au travail avec un sourd. Un autre groupe aborde la problématique des addictions (ex. tabagisme). Un autre permet à des patients atteints d’un syndrome d’Usher d’échanger.

 

Un atelier d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle destiné à un groupe de jeunes femmes sourdes adultes, en manque de repères sur ces problématiques, a été mis en place pour répondre aux questions récurrentes identifiées par les professionnels du réseau. Un important travail d’adaptation pédagogique a été entrepris en amont, mobilisant psychologue et intermédiateurs, coordonné par une éducatrice en santé. Des supports visuels adaptés ont été créés. Une formation spécifique organisée par un organisme spécialisé[3] a été proposée aux intermédiateurs. Cet atelier, planifié en séances bimensuelles, a été animé en binôme directement en langue des signes.

 

Partant du savoir profane de certains sourds dans le domaine culinaire (plusieurs sourds ont une qualification de cuisinier ou de bonnes connaissances dans le domaine), un projet s’organise, visant, à leur proposer de renforcer leurs connaissances théoriques en matière diététique (supervision par une diététicienne), avant d’être eux-mêmes aptes à animer des cours de cuisine respectant les bases de l’équilibre alimentaire. Ces cours seront proposés à un large panel de sourds en demande dans ce domaine. Cette démarche complète celle d’éducation thérapeutique évoquée plus haut.

 

E.8. Accueillant, accompagnant

 

L’intermédiateur intervient seul en direct, parfois avec un interprète.

 

Bien entendu, l’accueil fait par un sourd, qui reçoit d’autres sourds est irremplaçable[4]. Aussi importante qu’elle soit, cette fonction qui fait implicitement partie des missions de tout membre du personnel hospitalier, nous semble cependant ne justifier, ici, qu’un traitement accessoire, au regard de toutes celles que nous avons évoquées, qui font la spécificité d’un métier nouveau. Les compétences de plus en plus pointues qu’il exige dépassent largement celles d’une fonction d’accueil. Même si, cet accueil est sans doute ce qui est le plus recherché par les sourds qui consultent dans les UASLS. Nous sommes là dans une quête du même ordre, que celle d’un entendant, qui consulte dans l’hôpital d’un pays dont il ne maîtrise ni la langue, ni la culture, et qui est rassuré par la présence d’un concitoyen francophone dans le personnel.

 

Enfin, les intermédiateurs interviennent aussi dans l’accompagnement social ou éducatif et les évaluations nécessaires dans ces domaines. Là aussi, en dehors qu’il se passe en langue des signes, leur travail ne diffère pas fondamentalement de celui d’un éducateur ou d’un travailleur social. Sans oublier qu’ils peuvent intervenir dans ces domaines, non pas directement, mais avec une fonction d’interprète-relais, comme nous l’avons vu plus haut.

 

 

E.9. Etc.

 

Etc., parce que nous n’avons pas pu lister ici les détails de toutes les fonctions assurées par les intermédiateurs et parce que d’autres ne manqueront pas d’apparaître dans le futur. On pense notamment aux fonctions de régulation des appels urgents[5] évoquées plus haut.

 

 

 

 

Suite :

(F.) Conclusions 

 



[1] Salhi W. Médiation en santé mentale. La lettre du réseau Sourds & Santé, Hors-série - Juin 2009, 11-14. (http://www.ghicl.fr/documents/lettredureseau.pdf)

[4] Dagron Jean. Les Silencieux. Ed. Presse Pluriel. Paris 2008. (p.162)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article